Cinéma : Découvrez des anecdotes de films tournés en Cœur de Beauce !

Sur le tournage du film « Le Corset » de Louis Clichy à Éole-en-Beauce en février 2024 © Eddy

À l’occasion de notre dossier spécial cinéma dans CŒUR DE BEAUCE LE MAG n°18 – printemps 2024, nous avons recueilli les souvenirs d’élus et habitants qui ont assisté aux tournages de films réalisés sur notre territoire. Moteur… Silence, ça tourne en Cœur de Beauce !

Alexandre Le Bienheureux d’Yves Robert (1968)

À l’été 1967, le réalisateur français Yves Robert s’installe dans la campagne eurélienne à Alluyes, pour y tourner son 9e long-métrage dont il signe le scénario : Alexandre Le Bienheureux.

Yves Robert, c’est le grand maître de la comédie française, le cinéaste derrière La Guerre des boutons (1961), Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972) et Un éléphant ça trompe énormément (1976). Alexandre Le Bienheureux, sorti en 1968, représente en quelque sorte le début de la gloire pour ce réalisateur qui y offrit à Philippe Noiret son premier grand rôle au cinéma tout en y faisant découvrir de tout jeunes acteurs à l’instar de Pierre Richard et Marlène Jobert.

L’histoire contée est celle d’Alexandre, homme bon vivant et nonchalant, cultivateur dans une ferme de la Beauce. Il a cependant une épouse tyrannique qui lui impose chaque jour une liste de travaux démesurés qui le poussent à bout de force. Devenu brutalement veuf, Alexandre décide de s’accorder du repos et de prendre le temps de savourer la vie ; un comportement qui fait bientôt des émules dans le village…

Yves Robert pose ici un regard plein de tendresse et de drôlerie sur le monde paysan, lui qui a passé une partie de son enfance dans la campagne du Maine-et-Loire et est resté attaché au monde rural.

Si de nombreux habitants d’Alluyes et du Bonnevalais ont été mis à contribution comme figurants, ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’une séquence a été réalisée en Cœur de Beauce, à Rouvray-Saint-Florentin (Les Villages Vovéens).

Le romancier Roger Judenne, qui connaît très bien ce village pour y avoir été instituteur et secrétaire de Mairie pendant de longues années, raconte :

« Le tournage du film a eu lieu essentiellement à Alluyes, mais ils avaient besoin du décor d’une école avec un chemin pour que le personnage d’Alexandre puisse passer en tracteur sur le chemin devant l’école. Ils sont donc venus à Rouvray-Saint-Florentin ! Toute l’histoire se déroule dans un seul et même village mais à l’écran, on ne se rend même pas compte qu’on a changé de village pour la séquence de l’école. De Rouvray-Saint-Florentin, on aperçoit le préau de l’école, une partie du village et la mairie-école. Il est fort probable que des écoliers de Rouvray aient joué les figurants pour le film. »

Mairie-école de Rouvray-Saint-Florentin (Les Villages Vovéens)

Vous pouvez visionner la scène en question sur YouTube (entre 2:08 et 2:38).

BON PLAN : vous pouvez regarder le film en entier gratuitement sur la Médiathèque numérique d’ARTE VOD. Pour cela, il vous suffit de souscrire un abonnement à la Médiathèque Intercommunale à Orgères-en-Beauce pour seulement 5€ par an.

Le Cerveau de Gérard Oury (1969) avec Bourvil et Belmondo  

Collection Pascal Delmotte © Droits réservés

Il est considéré comme le film français le plus cher des années 1960. Porté par les triomphes du Corniaud (1964) et de La Grande Vadrouille (1966), le réalisateur Gérard Oury avait réuni Jean-Paul Belmondo et Bourvil pour former l’un des duos les plus épatants du cinéma français dans une comédie de gangsters.  

Le synopsis ? De Paris à Bruxelles, un train spécial va transporter les fonds secrets des nations de l’OTAN. Arthur, petit truand débrouillard, et son copain Anatole cherchent à s’en emparer. Ils ignorent que Le Cerveau, brillant escroc disposant d’une équipe de spécialistes et de moyens considérables, programme le hold-up le même jour, à la même heure…

Inspiré de faits réels – l’attaque du train postal Glasgow-Londres de 1963 et le transfert du siège de l’OTAN de Paris à Bruxelles en 1966 – le film a été tourné entre l’Angleterre, les États-Unis, l’Italie et la France dont un petit bout de Cœur de Beauce… pour une scène cruciale : celle où le wagon contenant l’argent de l’OTAN se détache du reste du train et où Bourvil et Belmondo, alias Anatole et Arthur, parviennent à dérober les fameux sacs.

La séquence est filmée… sur le pont de Péronville ! Une foule d’habitants des alentours se pressent alors pour assister au tournage, excités à l’idée de découvrir en chair et en os les plus grandes vedettes du cinéma français.

Benoît Pellegrin, Président de la Communauté de Communes Cœur de Beauce, en faisait partie :

« Je devais avoir six ans, j’habitais à Terminiers et mes parents m’avaient emmené. Cela se passait le soir, vers 22h-23h. Il y avait le réalisateur Gérard Oury, les acteurs Bourvil, Jean-Paul Belmondo et David Niven et beaucoup de gendarmes pour assurer la sécurité. Je me rappelle qu’ils ont dû tourner les mêmes scènes je ne sais combien de fois parce qu’à chaque fois que Bourvil apparaissait, il suffisait qu’il fasse un mouvement ou dise quelque chose, et tout le monde riait ! Or il ne fallait surtout pas faire de bruit»

Thierry Fallou, habitant et Maire de Péronville, garde en mémoire la gentillesse et la popularité de Bourvil :

« J’avais 12 ans à l’époque. L’équipe du film avait installé une grande tente dans la cour de la ferme de Villequoy (Péronville), située à environ 350 m du pont : c’était un lieu de rendez-vous, de rencontre pour les acteurs, mais personne ne dormait sur place. Ils avaient repeint le pont exprès pour le tournage et avaient demandé à un vieil habitant de Péronville de surveiller le matériel de l’équipe sur la voie ferrée. Je me rappelle du moment où les acteurs jetaient les sacs par-dessus le pont. Il y avait aussi des scènes qui se déroulaient de l’autre côté du pont, sur la route de Villeneuve-sur-Conie. Bourvil était très facile d’approche, il discutait avec les spectateurs qui venaient assister au tournage. Il m’a même serré la main et signé un autographe ! L’agriculteur de la ferme m’a raconté plus tard que Bourvil, qui était issu du milieu agricole, avait également bien discuté avec lui. »   

Découvrez la bande-annonce du Cerveau

Les Premiers Les Derniers de Bouli Lanners (2016)

Interprétée par Bouli Lanners et Albert Dupontel, cette comédie dramatique suit les pérégrinations de deux chasseurs de prime à la recherche d’un téléphone portable au contenu sensible dans une plaine déserte. Un western moderne qui donne aux paysages de Beauce une lumière emplie de mystère et de profondeur, digne du grand Ouest américain. Le tournage a eu lieu en partie en France, plus précisément dans le Loiret, le long de la voie d’essai de l’aérotrain d’Orléans, ainsi qu’à Voves (Les Villages Vovéens), Toury, Prasville/Ymonville (carrières) et Barmainville.

Alexandre Jaquemet, Maire de Barmainville, avait pu rencontrer l’équipe du film qui avait reconstitué le décor d’un bar avec billard dans le bâtiment de l’ancien restaurant routier situé sur sa commune :

« Ce qui m’a impressionné, c’est l’ampleur du personnel technique et du matériel pour une scène qui dure 10 minutes à l’écran. On n’imagine pas l’usine que c’est, entre les techniciens, ceux qui maquillent, qui habillent… Le tournage de la scène en lui-même ne dure que quelques jours mais des techniciens étaient venus deux jours avant pour tout installer et sont restés deux jours après pour tout démonter. On pense souvent au cinéma par rapport aux acteurs, mais moi, je pense à tous les techniciens : ce sont eux qui font la magie du cinéma. »

Pour CŒUR DE BEAUCE LE MAG n°18 – printemps 2024, nous avons retrouvé Olivier Sallé, commerçant Tourysien de 53 ans, recruté par Bouli Lanners en personne pour jouer l’un des méchants du film. Voici son interview complète :

Comment Bouli Lanners a-t-il découvert la Beauce ?

Olivier Sallé : En fait, Bouli Lanners a peur de l’avion donc il voyage souvent en train. Un jour qu’il remontait en train du Sud de la France, il a été fasciné par les vestiges de l’aérotrain d’Orléans et par la plaine de Beauce qu’il découvrait à travers la vitre. Il a alors eu l’idée du film.

Comment l’avez-vous rencontré ?

OS : Je tiens un magasin de chaussures dans la zone commerciale des Blés d’Or à Toury. Un jour, Bouli Lanners, accompagné de Dimitri Linder, premier assistant de réalisateur, vient effectuer un repérage des lieux en vue de son film et m’aborde pour avoir une autorisation de tournage. Il me propose alors un petit rôle à jouer le temps d’une journée : « Je te mettrai une fausse barbe et tu joueras un fleuristes » m’avait-il dit. Quelques jours plus tard, il me rappelle et me propose finalement de jouer un « bad guy », l’un des méchants de l’histoire appelé « le plus âgé des chasseurs ». 10 jours de tournage en France et en Belgique ! J’ai demandé à ma maman, qui était à la retraite, de s’occuper du magasin en mon absence et j’y suis allé. Je me demande encore pourquoi Bouli Lanners m’avait choisi… Peut-être parce que je pratiquais le tir airsoft et que mon personnage manipulait les armes ?

Quels souvenirs gardez-vous du tournage ?

OS : C’est avant tout une école de patience. Nous pouvions refaire des scènes six fois de suite parce que la lumière n’était pas bonne, parce qu’il y avait un camion dans un champ, un problème de voiture, un bruit de mirage qui se posait… Au total, quarante heures d’images ont été tournées mais à la fin, le film dure seulement 1h30. Cela dit, cela m’a donné le temps de découvrir le travail des effets spéciaux, de discuter avec les armuriers de Maratier, une entreprise réputée dans l’industrie du cinéma qui fournit des armes, des costumes et toutes sortes d’accessoires.

Quelle ambiance régnait sur le plateau ?

OS : L’ambiance était excellente, d’autant que j’appréhendais un peu comme je ne viens pas du tout du cinéma et que je n’avais aucune expérience de comédien ! Mais Bouli Lanners est quelqu’un de très accessible, simple, chaleureux. Je me suis également bien entendu avec mes camarades de jeu, en particulier Serge Riaboukine. L’équipe de tournage était réduite à 40 personnes, nous déjeunions tous ensemble le midi.

Êtes-vous resté en contact avec des membres de l’équipe ?

OL : Avec certains acteurs, oui : Tijmen Govaerts qui jouait mon fils muet dans le film, Virgil Bramly, Lionel Abelanski et Serge Riaboukine, avec lesquels je jouais souvent. J’échange aussi encore avec Dimitri Linder, le premier assistant de réalisateur, et Pascal Joris Jurdant, le coiffeur du film.

Avez-vous une dernière anecdote à nous confier ?

OL : J’avais demandé à Bouli Lanners de me donner les DVD de ses films pour que je puisse regarder son travail. En échange, je lui ai offert des bouteilles de limonades La Beauceronne et de Beauce Cola de la Maison Savouré à Janville-en-Beauce afin qu’il puisse goûter nos produits locaux. Cela a dû lui plaire car il les a placées dans le décor du bar qui avait été reconstitué à Barmainville !

Les Premiers Les Derniers a notamment été récompensé au Festival international du film de Berlin, Festival du film de Cabourg et aux Magritte du cinéma belge : découvrez la bande-annonce du film.

Un reportage sur le Cinémobile qui s’arrête chaque mois à Voves, Toury et Orgères-en-Beauce, le portrait de Louis Clichy, réalisateur de films d’animation (Astérix) originaire de Trancrainville… Feuilletez notre dossier spécial cinéma paru dans CŒUR DE BEAUCE LE MAG n°18 – printemps 2024 (pages 18 à 22) !

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